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LA GRANDE ECLAIRE

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En avant première, interview-video et texte de
Virginie Langlois
pour la sortie de son nouveau roman
"LA GRANDE ECLAIRE"
  Une aveugle, un peintre, un étudiant américain, un savant russe, une jeune lieutenant de police se cherchent,
se trouvent, se couvrent et se découvrent.
Mais quel est le secret que le grand marionnettiste du destin a tissé dans leurs fils ?
Suffira-t-il à la science de démêler la théorie des cordes pour apporter la réponse ?
A moins que science sans conscience ne soit toujours que ruine de l’âme…

Et pour se donner l'envie de lire, extrait des premières pages du roman

 

—         Bonsoir !

—         Bonsoir ?!

Une légère intonation de surprise a teinté la voix de la jeune femme. Absorbée par le spectacle du couchant elle n’a pas entendu les pas qui s’approchaient d’elle. Grillons de silice, les grains de sable ont pourtant chanté sous les pieds de Sachs.

Sans froisser la douceur du moment, il s’est assis à côté d’elle, face à la mer qui rougeoie.

—         Je…

Non. Tout bien réfléchi, il se tait, préférant se garder d’une banalité.

Finalement, c’est elle qui parle.

—         Vous aimez ce moment, vous aussi ?

La voix claire a roulé jusqu’à l’eau, sans heurt, ni accroc. La jeune femme s’est exprimée en fixant les vaguelettes transparentes qui roulent des cailloux polis.

Elle sourit.

L’horizon va bientôt avaler l’astre acidulé.

Sachs est fasciné.

Troublé.

Il passait devant la petite plage, c’était l’heure de son tour de VTT, elle était assise, seule, face à la mer. Une silhouette douce, immobile et une cascade de cheveux roux à rendre jaloux les feux du soleil qui se diluent dans l’horizon.

Les lèvres à peine entrouvertes, elle semble boire des mains, des yeux, des cheveux, les rayons tièdes, comme si elle se laissait enivrer par l’épaisseur de l’instant.

Alors Sachs ferme les yeux, pour mieux ressentir lui aussi l’haleine du couchant.

La mer borde ses enfants.

La douceur de l’air qui monte de la mer enveloppe la peau avec délicatesse, une subtile délicatesse…

Plus subtile encore que la caresse des doigts qui effleurent des lèvres…

Plus subtile encore…

Aussi délicate qu’un fragile battement de paupières et l’humide tremblement du globe oculaire…

—         Avez-vous déjà pris le temps de ressentir cela ?

Sachs rouvre les yeux.

—         Oui… Peut-être que non en fait… A vrai dire, je ne sais pas…

Silence.

Il ferme ses yeux à nouveau pour recueillir plus finement ses sensations.

La saveur d’un fruit jamais osé et dont le goût inédit a pourtant quelque chose de familier.  

—         Non, pour répondre à votre question, non. Je n’ai jamais pris le temps de goûter à ce point un moment. Ce que je ressens, là, c’est la densité de l’instant. Oui, plus loin que le présent, je ressens son épaisseur.

Il entrouvre ses paupières.

— A l’horizon, j’ai l’impression que les couleurs lui donnent corps. Vous ne trouvez pas ?

—         Les couleurs ?...

La jeune femme a hésité un instant, elle sourit.

— Moi, ce qui m’ouvre la porte d’une telle conscience, c’est plutôt la saveur, répond-elle. La saveur de l’air… Il me semble que, juste au moment où le soleil se couche, la brise du soir sur la mer rend le goût de l’iode plus pénétrant. Je me demande même si les grillons n’attendent pas cette bouffée de sel pour débuter leur concert, comme le signal chimique d’un chef d’orchestre latent. Cette densité dont vous parlez, je l’entends. Au moment où le soleil se couche, le silence devient plus dense et l’instant plus intense. Vous n’avez jamais remarqué ? On peut entendre alors plus nettement la percussion des petites vagues.

Sachs n’a pas levé les yeux vers la jeune femme de crainte d’interrompre par un mouvement le flot de ses mots, la douceur de sa voix. Demain, les transparences à ses pieds, l’horizon bouillant du couchant, et le feu sur sa peau, il les peindra. Demain, tout à l’heure… Lui qui n’a jamais voulu céder aux clichés faciles.

L’horizon s’éteint. Elle frissonne.

Tandis qu’elle s’apprête à rassembler ses affaires, il ose enfin.

— Je n’ai pas vraiment les mots pour décrire les choses et… j’espère que vous me croirez, même si les apparences sont trompeuses, encore moins d’audace pour aborder les gens… Je… Je suis peintre, avance-t-il comme une excuse à sa gêne. Moi c’est plutôt les couleurs… les pinceaux… C’était si beau ce soir… Mon atelier est au coin de l’église, à Sanary, sur la place. Demain à 18h00 je donne un vernissage. Voulez‑vous venir ?

—         Oui, je viendrai, ponctue-t-elle d’un rire embarrassé sans lever son visage vers lui.

Sachs avait espéré être un jour ainsi cueilli par le trouble, ravi par l’aura d’une présence.

Mais quelque chose lui échappe.

Il se sent emprunté, il prend congé rapidement.

 
Elle attend quelques instants puis se lève. Sur son maillot encore mouillé, passe sa fine robe de lin beige. Elle glisse ses doigts sur l’étoffe pour en vérifier le boutonnage, puis d’une main saisit son sac, et de l’autre, avant de s’en aller, déplie sa fine canne blanche.
 
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