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Amorce : tensions autour d’une élection

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Socialistes et UMP se sont affrontés pour la présidence de l’association, finalement dévolue à l’ancien premier vice-président Gilles Vincent (UMP). La double casquette de Gilles Vincent, représentant d’une collectivité locale et par ailleurs salarié de la CNIM (constructeur de fours d’incinérateur), suscite un débat.
On peut réussir techniquement un congrès et foirer politiquement une élection : l’association Amorce vient d’en administrer la preuve à l’occasion de son congrès, les 15 et 16 octobre derniers à Nantes. Car si côté salles, les débats furent riches et constructifs, nourris notamment par l’actualité liée au Grenelle de l’environnement, côté couloirs, l’élection des nouveaux dirigeants (conseil d’administration et bureau) s’est déroulée dans un climat de tensions intenses.

A gauche, les socialistes entendaient garder la présidence jusque-là tenue par Camille Durand, ex-maire de Saint-Jean-de-Boiseau (agglomération de Nantes), qui ne se représentait pas. Leur candidat était donc Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque, jusque-là très peu impliqué dans la vie de l’association. Il succède, comme représentant de sa ville, à Daniel Halloo, ex-vice-président (Verts) de la communauté urbaine de Dunkerque et ex-vice-président d’Amorce pour l’énergie, qui ne se représentait pas.

De son côté, la droite qui occupait depuis des années la deuxième place avec un poste de premier vice-président dévolu à Gilles Vincent, maire UMP de Saint-Mandrier (Var), entendait bien passer cette fois-ci au premier rang.

Chacun des deux camps s’est présenté à l’élection sûr de son fait et d’une victoire bien méritée. Au final, il devait forcément y avoir un perdant, mais il a failli y en avoir deux. Gilles Vincent et Michel Delebarre ont en effet été élus de justesse au conseil d’administration, le premier finissant (par ordre décroissant du nombre de voix reçues) 27e sur 30 représentants des collectivités, et le second, 29e.

L’élection du président et des vice-présidents au sein du conseil d’administration fut, elle aussi, assez serrée et assortie de manœuvres et tractations diverses. Des témoins font état, par exemple, de pressions et de menaces sur un des votants.

Gilles Vincent a recueilli pour la présidence 21 voix en sa faveur, contre 16 voix pour son concurrent et 3 abstentions. Alain Rouault (PC), président du Sitom 93 (Seine-Saint-Denis), a été élu premier vice-président, Philippe Rappeneau, maire UMP d’Arras, vice-président pour les déchets, Serge Nocodie, conseiller municipal PRG de Grenoble, vice-président pour l’énergie, et Emmanuel Chauchat, directeur des marchés publics de Sita France, au poste nouvellement créé de vice-président représentant le collège des professionnels.

Toutefois, les choses étaient encore susceptibles de changer à l’heure où nous mettions sous presse, diverses personnes tentant des médiations pour arrondir les angles entre les deux camps. Un conseil d’administration devait se tenir la semaine suivant le congrès, avec l’éventualité d’une élection de membres supplémentaires (socialistes et/ou Verts ?) au bureau.

 

« Mélange des genres » ?


L’élection de Gilles Vincent à la tête d’Amorce a par ailleurs suscité une polémique en raison de l’activité de son employeur (au moins jusqu’à la date de son élection), la CNIM, qui est entre autres un des deux gros fabricants de four d’incinération en Europe avec Von Roll Inova. D’aucuns y voient un risque de « mélange des genres » ou de « conflit d’intérêt », ou s’inquiètent pour l’image d’indépendance de l’association.

D’autres constatent que l’élection de Gilles Vincent s’est accompagnée de la création d’un poste de vice-président représentant les professionnels, ce qui serait le signe d’un pouvoir croissant de ces derniers au sein de l’association. Selon plusieurs observateurs, une dizaine de leurs représentants (sur les 13 présents statutairement au conseil d’administration) auraient voté pour Gilles Vincent, compensant ainsi la préférence marquée par la majorité du collège des élus (qui compte 30 représentants) pour Michel Delebarre. Une information difficile à confirmer car le vote a eu lieu, comme c’est la règle, à bulletin secret…

Quelques-uns vont jusqu’à se demander si Gilles Vincent a été élu dans le bon collège (celui des représentants de collectivités), suggérant qu’il pourrait peut-être y avoir matière à recours juridique.

Interrogé par E&T sur sa double casquette, Gilles Vincent a indiqué qu’il s’agissait, selon lui, de « [sa] vie privée » et qu’il « prendr[ait] [ses] responsabilités », mais sans préciser dans quel sens, ni quand.

Dernière curiosité (en date) de cette élection, dont certains s’émeuvent : le premier vice-président, Alain Rouault, longtemps adjoint au maire de Saint-Ouen, n’est plus élu local « de base », désigné par le suffrage universel. Il a été désigné par la ville de Saint-Ouen membre du comité syndical du Sitom 93 comme personnalité qualifiée, puis élu président du Sitom 93 et vice-président du Syctom de l’agglomération parisienne. C’est à ce titre qu’il a été élu administrateur d’Amorce, puis premier vice-président.


Amorce, qui travaille sur le thème des déchets, des réseaux de chaleur et de l’énergie, rassemble 470 adhérents : 325 collectivités couvrant une très grosse proportion de la population française, et 145 professionnels. Elle emploie une dizaine de salariés et a un budget de plus de 1,1 M€. Elle est un partenaire de poids dans les discussions entre collectivités, pouvoirs publics, Ademe, éco-organismes, industriels du déchet…, ce qui attise peut-être quelque convoitise…

Olivier Guichardaz
www.pro-environnement.com
 
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